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Didier ROBERT : " l’Europe a pris la mesure de la situation économique grave dans laquelle se trouvent les entreprises réunionnaises "

Fonds Européens COVID-19 Économie Social Europe
13 octobre 2020

5ème Forum des RUP 12-14 octobre 2020

L’Europe prolonge son soutien aux entreprises confrontées à des pertes de chiffres d’affaires importantes

Le Président de la Région Réunion se félicite de l’annonce faîte ce mardi par la Commission européenne. L’Europe prolonge son soutien aux entreprises confrontées à des pertes d’affaires jusqu’à 2021. Lors de ce Vème Forum des RUP qui se tient exclusivement par visioconférence, du 12 au 14 octobre, Didier Robert se fait porte parole des difficultés et des attentes des entreprises réunionnaises auprès de la Commissaire européenne Elisa Ferreira.

Dans son début d’intervention, Didier Robert a insisté auprès de la Commissaire européenne sur la nécessité de soutenir davantage les entreprises locales et pour un assouplissement du cadre réglementaire en vigueur : « Il faut aider ces entreprises non seulement en matière d’investissement mais aussi en fonctionnement. Il s’agit d’une attente forte du tissu économique ». Cette demande a été immédiatement entendue par la Commission européenne. En effet Margrethe Vestager Vice-présidente de la politique de concurrence, a annoncé dans le courant de l’après midi, le prolongement des aides européennes aux entreprises en grandes difficultés jusqu’au 30 juin 2021.

A l’origine, le cadre législatif permettant aux autorités publiques locales de soutenir toutes les entreprises confrontées au Covid-19, devait être maintenu jusqu’ au 31 décembre de cette année. Pour Didier Robert, « nous avons à faire face à une crise économique et sociale très sévère. L’Europe a pris toute la mesure de la situation. En prolongeant les aides européennes aux entreprises jusqu’au 30 juin 2021, cela va leur donner une bouffée d’oxygène, ainsi qu’un accompagnement précieux, pour maintenir l’activité commerciale et leur offrir un tremplin solide pour se relancer ».

Pendant la conférence, la question du POSEI a été abordée. La Commissaire Ferreira a précisé que la Commission mettrait tout en œuvre pour que les travaux pour le maintien du budget puissent continuer. Selon Didier Robert, « elle s’est engagée à ce que ces fonds alloués restent au niveau actuel voire qu’ils soient augmentés. Je demande que le Parlement et le Conseil européen se mobilisent aussi en ce sens ».


5ème Forum des RUP
DISCOURS DU PRÉSIDENT DIDIER ROBERT,
13 octobre 2020

Madame la Commissaire,
Madame et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Président Ramadani, chers collègues,

Je veux tout d’abord à remercier sincèrement la Commissaire
européenne, Madame Elisa FERREIRA, d’avoir maintenu ce
5è forum des RUP. Un événement qui constitue pour nous un
rendez-vous essentiel dans la mobilisation européenne en
faveur des RUP.
Ce rendez-vous intervient au moment de la finalisation des
trilogues, de l’échéance de la prochaine période de
programmation et surtout dans un contexte de crise sanitaire,
économique et social de forte amplitude pour l’ensemble de nos
territoires.

En 2019, l’Union européenne s’engageait dans une bataille pour
la croissance. Nous nous retrouvons, en 2020, dans une
situation fortement perturbée et qui nous contraint à une
mobilisation sans précédent pour la survie et la relance de nos
économies.
Cette crise sanitaire, économique, sociale frappe durement nos
populations et l’ensemble des acteurs, publics et privés. C’est
une tempête terrible que nous devons affronter. Et le pire est
sûrement à venir.
Cette nouvelle bataille, l’Union a su la conduire en apportant
déjà des réponses rapides, ambitieuses et concertées.
Jacques Delors avait coutume de dire que « face à une crise, il
faut le pompier et l’architecte ».
Les derniers mois ont incontestablement permis d’établir une
première chaîne de solidarité pour nos régions. Le rôle de
pompier a été bien tenu et je veux vraiment le souligner
aujourd’hui et remercier la Commission.
En quelques semaines, nous avons obtenu des avancées
significatives, qui auraient semblé impossibles il y a quelques
mois encore. Je pense à l’émission d’une dette commune, aux
critères du pacte de stabilité, aux règles simplifiées de passation
des marchés publics, au cadre temporaire des aides d’État.
Cette approche fut incontestablement la bonne. Et elle doit
évidemment être maintenue.

La situation que nous mesurons bien pour chacun d’entre nous,
plaide naturellement pour que les mesures d’urgence
s’inscrivent dans la durée. L’échéance du 31 décembre 2020
doit être dépassée. Nous devons poser le regard plus loin si nous
voulons conserver le bénéfice de tout ce qui aura été engagé
déjà et nous donner une véritable opportunité de reprise et de
croissance. Et je veux ,ici, saluer la décision prise ce jour de la
Commission de prolonger pour 6 mois, jusqu’en juin 2021, le
cadre temporaire des aides aux entreprises.
Nous avons également besoin de visibilité si nous voulons
rassurer les acteurs économiques extrêmement et légitimement
inquiets.
Nos entreprises sont depuis plusieurs mois confrontées à une
chute brutale de leur chiffre d’affaire et doivent faire face à des
difficultés évidentes de trésorerie.
Mon propos vaut pour l’ensemble des secteurs d’activité et pour
la très grande majorité des entreprises bien sûr. Néanmoins, je
fais partie de ceux qui considèrent aussi que nous devrions
porter une attention encore plus soutenue aux acteurs dans les
domaines du tourisme et de la culture en particulier. La situation
est dans ce cas encore plus dramatique sans reprise d’activité
sérieusement stabilisée et sans visibilité sur les prochains mois.
Ces secteurs représentent une part non négligeable de nos
économies.

Mesdames et Messieurs,

L’incendie n’est pas éteint, loin s’en faut. Mais nous devons
partager aussi une vraie responsabilité collective sur le plus
long terme avec les négociations finales engagées sur la
prochaine période 2021-2027.
C’est ici le rôle de l’architecte. Ma conviction est intacte : nous
devons faire bouger les lignes et faire évoluer nos propres règles
si nous voulons agir avec efficacité.
C’est vrai en matière de politique commerciale. Je regrette
évidemment que dans le cadre de la réouverture récente des
négociations commerciales entre l’UE et les pays d’Afrique
australe (Comores, Madagascar, Maurice, Seychelles), la
Commission européenne ait renoncé à réaliser une analyse
d’impact régionale et qu’elle ait opté pour une simple analyse
d’impact environnemental global.
Je souhaiterai évidemment, pour une meilleure articulation des
intérêts régionaux, que puisse être envisagé une association des
acteurs Réunionnais à la « Task force » de suivi des
négociations commerciales mise en place par la Commission
européenne dans le cadre de l’APE.
C’est vrai aussi en matière de politique européenne de
concurrence
. Les règles posées nous sont évidemment
défavorables et le système est fortement déséquilibré. Les outils
existants ne nous permettent pas, vis-à-vis des pays-tiers de
soutenir pleinement nos entreprises et donc de préserver
l’emploi. Il est une fois encore urgent d’aborder la question des
aides à impact purement local et leur place particulière dans
les RUP
.

Par ailleurs, dans un monde où les échanges restent encore
fortement mondialisés, les entreprises des RUP ne sont pas en
position de s’imposer et d’être compétitives sur le terrain des
prix. Elles doivent donc le faire sur le terrain de la technologie,
sur le terrain de l’innovation, sur le terrain des « process », de
l’ingénierie ...
Une approche qui nécessite des investissements importants et
un soutien renforcé de la part des autorités publiques.
C’est pourquoi, dans les futures lignes directrices des aides
d’Etat à finalité régionale, le maintien de la possibilité d’aider
toutes les entreprises quelle que soit leur taille
aussi bien en
ce qui concerne les aides à l’investissement qu’en ce qui
concerne les aides au fonctionnement est indispensable. Tout
comme doit l’être le maintien du principe de non dégressivité
et de non limitation dans le temps des aides au
fonctionnement
.
Face à la crise, face à l’enjeu crucial de la survie de nos
entreprises, aucune idée ne doit être écartée, aucun dogme ne
doit nous dissuader :
Sans doute devons-nous encore amplifier le sens de nos
responsabilités en parvenant à dégager un espace de consensus
en faveur d’un cadre législatif unique et spécifique
applicable aux aides d’Etat dans les RUP
, toutes finalités
d’aides confondues.
Les procédures ordinaires ne peuvent plus s’appliquer quand il
faut agir vite. Je pense encore à la reconduction des différentiels
d’octroi de mer et à leur nécessaire évolution vers davantage
de flexibilité et de réactivité.

Il y a des régions qui sont entrées dans la crise en étant au
premier rang de la compétitivité économique, au premier rang
de la qualité de la vie et qui en sortiront incontestablement
moins abîmées. Et il y a d’autres régions européennes, parmi
lesquels il y a bien sûr nos territoires, nos régions
ultrapériphériques, qui y sont entrées en figurant déjà dans les
profondeurs du classement.
« Pompier et architecte » disait Jacques Delors. Je rajouterai
pour les RUP « pompier et architecte en même temps » : car
c’est à cette double condition que l’Union européenne ne
laissera aucune région ultrapériphérique au bord du chemin.
C’est à cette double condition que nous pourrons trouver
ensemble la voie d’un avenir durable qui profite à nos
populations.
La rapidité de mise en œuvre, la cohérence de l’action publique,
une approche territoriale conforme à la politique de cohésion
sont les conditions de l’efficacité du plan de relance. Voilà la
ligne que nous devons faire émerger.
En ciblant au sein du programme REACTEU des projets prêts
à prendre une dimension opérationnelle, nous nous donnons les
moyens de nous conformer à cette stratégie.

C’est ce que nous avons engagé déjà pour La Réunion. Des
projets inspirés par les premiers bilans tirés de la crise comme
la plateforme logistique mutualisée pour le stockage de matériel
médical et de médicaments, par l’urgence encore de la relance
de l’activité des TPE-PME grâce à la réhabilitation durable des
bâtiments d’éducation et des établissements pour personnes
vulnérables, par la réparation aussi des pertes des entreprises
via des instruments financiers en faveur des TPE/PME, enfin
par le bilan établi à la suite du confinement avec la numérisation
de tous les établissements scolaires et le développement des
apprentissages numériques. Tous correspondent à la réalisation
accélérée d’équipements durables au profit de la sécurité
sanitaire de l’île, de la cohésion et de l’emploi.
L’autre élément essentiel est celui d’inscrire nos
investissements dans le droit fil des critères du Pacte vert.
Ainsi, ce sont plus de 36% des financements du prochain
Programme Opérationnel FEDER 2021-2027
qui seront
consacrés en faveur de l’économie à faible intensité de carbone,
de la transition énergétique, de la gestion rationnelle des
ressources et de la mobilité durable.
Sur ce dernier point, l’enjeu pour notre île, c’est évidemment de
porter une nouvelle organisation des transports durables avec le
projet RUNRAIL
dont nous avons décidé, dans le cadre de la
prochaine programmation, d’accélérer la réalisation. Je n’oublie
pas que 2021 sera déclarée année européenne du Rail.

Cette initiative tombe à point nommé puisque cette année
devrait aussi être marquée par l’attribution du marché global de
performance pour la construction et l’exploitation du premier
tronçon du Réseau Régional de Transport Guidé de La Réunion
qui portera au total sur plus de 120 kms de voies nouvelles de
l’Est au Sud.

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de conclure brièvement sur deux sujets
d’actualité
déjà évoqués par mes homologues des autres RUP.
Les filières agricoles s’inquiètent à juste titre de la baisse du
budget POSEI : Il s’agit là d’un élément essentiel à la fois de la
diversification agricole de nos Régions, mais également de la
reconnaissance de la contribution importante de ce secteur à
l’autonomie alimentaire de nos territoires et au maintien de
l’emploi. J’appuie, donc avec l’ensemble des Présidents des
RUP, les demandes des professionnels pour le maintien des
aides européennes agricoles pour la prochaine période de
programmation.
L’autre dossier d’actualité concerne la pêche et plus
particulièrement la remise en place des dispositifs d’aide au
développement des flottilles
pour lesquelles la Réunion a
transmis et notifié, il y a plusieurs mois déjà, son plan de
développement.
Sa mise en œuvre est, aujourd’hui, toujours suspendue à la
décision de la Commission. 3 ans se sont écoulées depuis
l’annonce du rétablissement de cette mesure en faveur des RUP
Une réponse rapide me paraît être désormais la seule formule
acceptable pour les professionnels du secteur.

Voilà mesdames et messieurs ce que je souhaitais partager avec
chacun d’entre vous à l’occasion de cette rencontre.
La crise oblige chacun d’entre nous, chacun à notre niveau de
responsabilité. Nous devons regarder le monde sous un angle
un peu différent. Nous ne pouvons plus nous cacher derrière les
habitudes, derrière les contraintes, réelles ou organisées,
derrière cette idée que rien n’est jamais possible. Notre survie
dépend de notre agilité, de notre capacité à réinventer et à saisir
toutes les nouvelles opportunités. Nous devons plus que jamais
être ambitieux, lucide et ambitieux.
Le défi de la souplesse et de la simplification reste essentiel
pour les prochains programmes.
Il en va de la dimension régionale de l’Union européenne, de sa
capacité à mettre en œuvre des politiques citoyennes, répondant
aux besoins concrets de ses territoires, et à redonner l’envie d’un
grand projet commun.

Je vous remercie.

PHOTOS
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