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Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République

22 octobre 2019
Au moment de votre arrivée à La Réunion, je voudrais, Monsieur le Président de la République, en mon nom personnel et celui de la collectivité que je préside, vous souhaiter la bienvenue. Vous êtes ici chez vous comme partout en France. Je souhaite sincèrement que votre visite, attendue avec espoir et intérêt par les Réunionnaises et les Réunionnais, soit l’occasion d’un nouvel élan que vous aurez su impulser pendant ces quelques heures passées ici. Votre déplacement dans notre île, Monsieur le Président de La République, est important. Nous sommes ici des enfants de la République, comme tous les autres. La Réunion est terre française depuis que le capitaine Goubert, à la tête du Saint-Alexis, en prit possession en 1638, en même temps que l’île Rodrigues. La Réunion est aussi territoire européen et région ultrapériphérique. La Réunion est enfin tout autant île de l’océan Indien, à 10000 kms de la métropole. Ce sont ces dimensions conjuguées qui fondent toute la singularité de notre territoire. Nous sommes tout à la fois français, européens, africains, indiens, chinois...Nous sommes ici tout à la fois des filles et des fils de l’océan Indien. Nous sommes, à ce titre, une spécificité. Nous ne sommes pas un problème mais bien au contraire une opportunité. Nous apportons à notre pays autant qu’il nous apporte.

C’est cette Réunion qui vous accueille aujourd’hui. Ce sont ces Réunionnaises et ces Réunionnais qui placent encore une vraie espérance à l’écoute des
mots que vous allez prononcer et des actions que vous allez entreprendre.
L’Etat est ici un acteur évidemment de premier plan. Les collectivités locales assument également un rôle déterminant au service de l’intérêt général. Aux
côtés des acteurs publics, le monde de l’entreprise et celui des bénévoles associatifs tient une place tout autant précieuse. Je plaide, vous le savez, depuis
longtemps, pour une véritable cohérence des actions, préalable à une réussite collective à laquelle nous sommes tous attachés.

Dans ce contexte, nous devons d’abord faire ensemble le constat d’une profonde mutation du monde, sur le plan social, économique, juridique, environnemental...

Nous devons, ensemble, naturellement en tenir compte. Nous devons ainsi adapter nos actions pour mieux épouser les contours nouveaux
d’une société Réunionnaise et d’une société Française en plein bouleversement.
Nos concitoyens veulent être acteurs. Ils veulent être écoutés, entendus. Ils veulent participer. Ils veulent comprendre. Ils veulent pouvoir s’opposer.
Ils veulent pouvoir adhérer en toute connaissance de cause. Les dimensions d’égalité, de justice, de transparence doivent pouvoir mieux être prises en
compte.

De la même façon, les dimensions écologiques et environnementales sont désormais placées en permanence au coeur de nos priorités. Partout des voix
s’élèvent, légitimement, pour exprimer inquiétude et urgence à agir pour préserver la planète et donc pour préserver tout simplement notre avenir et
celui des générations à venir.

C’est en tout cas, Monsieur le Président de la République, ce que j’entends. C’est ce que les Réunionnais me disent, marquant aussi de plus en plus de
défiance à notre égard. Nous devons agir, entendre et renouer le fil de la confiance.

C’est ce que je voudrais, pour l’essentiel, partager avec vous durant votre séjour. Vous le savez, Monsieur le Président de la République, on ne gouverne
ni ne dirige contre les femmes et les hommes de notre région ou de notre pays. Nous sommes, chacun à notre niveau, tenus de le faire en leur nom et
avec eux, au sens bien compris de notre démocratie représentative. Je sais que vous adhérez à l’idée. Je souhaite que vous soyez à nos côtés pour poser
ensemble les fondamentaux renouvelés d’une société réunionnaise et ultra-marine plus juste, plus égalitaire, plus respectueuse de notre environnement.
Une Réunion du progrès et de la croissance au service du plus grand nombre, au service des plus fragiles, au service du développement et de l’emploi. Une
société réunionnaise du succès, de la recherche, de l’innovation, une société ouverte sur son environnement régional.

Ma conviction repose, vous l’aurez compris, sur l’idée simple que nous devons accompagner une profonde mutation. Nous ne devons le faire ni dans
l’émotion, ni dans la colère, ni avec le sentiment de perdre du terrain ou de perdre la partie. Nous devons au contraire agir collectivement et de façon
naturellement positive en prêtant attention à ce que nos concitoyens expriment pour une large majorité d’entre eux.

Les Outre-mer en général, La Réunion en particulier, sont une part irremplaçable de notre communauté nationale. Nous voulons participer à construire ici
cette formidable révolution des réussites pour les prochaines décennies.

Cette révolution que j’appelle de tous mes voeux tient en quelques principes simples.

• Nous devons acter en premier lieu l’évolution institutionnelle et l’organisation de La Réunion vers plus d’émancipation. Nous devons pousser plus avant
le curseur de la décentralisation. Nous devons inscrire la ligne d’une véritable autonomie économique et d’une vraie reconnaissance des compétences
réelles exercées par nos territoires ultra-marins.

• Nous devons ensuite valider le principe de la préférence régionale dans toutes les administrations d’Etat, les collectivités locales, les services déconcentrés,
les grandes entreprises publiques...Les Réunionnais, les plus jeunes, sont de mieux en mieux formés et de plus en plus qualifiés. Ils doivent pouvoir
prendre davantage de responsabilité dans la conduite de ce territoire qui est le leur.

• Nous devons encore confirmer collectivement les principes de continuité territoriale des personnes et de continuité territoriale des biens et des marchandises.
Le dispositif de continuité territoriale dans les sens Réunion/métropole et métropole/Réunion, rencontre un incontestable succès auprès des
Réunionnais. Il participe à réaffirmer que nous sommes dans un pays de libre circulation et que le coût de la distance ne peut justifier l’impossibilité
qu’avaient encore trop de nos concitoyens jusqu’en 2010 à prendre l’avion. L’Etat doit marquer son retour en soutien à ce dispositif. Dans le même esprit,
et sur la question sensible du pouvoir d’achat, nous devons travailler ensemble pour créer une continuité territoriale des biens et des marchandises. Nous
devons le faire en actionnant tous les leviers : fiscalité (TVA, octroi de mer...), aides européennes aux surcoûts, modes de transport...L’idée est de permettre
de réduire de façon significative le coût des produits entre La Réunion et la métropole tout en accompagnant le développement des industries locales.

• Nous devons parallèlement réécrire un Pacte de croissance pour l’emploi, avec les entreprises, basé sur une fiscalité très fortement réduite et un coût du
travail sensiblement diminué. Nous devons une fois pour toute légiférer pour faire de toute La Réunion une zone franche globale et permettre ainsi à nos
entreprises, dans tous les secteurs d’activité, de se développer, de créer richesses et emplois au service du territoire. La question d’une meilleure visibilité
sur le moyen et long terme reste bien sûr posée. Ces mêmes entrepreneurs devront aussi être soutenus dans leurs démarches à l’export. Le grand océan
Indien doit devenir progressivement leur terrain d’expression. La Réunion doit être tout à la fois territoire d’attractivité et plate-forme de rebond dans
toute la zone. La force et la réalité de notre insertion régionale sont à l’évidence des clés de succès.

• Nous devons enfin mobiliser encore toute notre énergie et nos investissements au service d’une politique ambitieuse des grands chantiers Réunionnais.
Après la modernisation du réseau routier à l’image de ce qui a été entrepris pour la NRL, des ports, de nos aéroports, des établissements de santé,
des écoles, collèges, lycées...nous devons concentrer nos moyens sur deux thématiques majeures. Nous avons à régler sur les 20 prochaines années la
question des déplacements en mobilisant les moyens publics et privés sur le Réseau Régional de Transport Guidé, 150 kms de l’Est au Sud comme alternative
au tout automobile. Nous avons aussi à poser les solutions pertinentes pour permettre à notre île d’inscrire son développement de façon conforme
à la recherche d’autonomie électrique et énergétique à laquelle nous croyons fermement. « La Réunion île solaire » : voilà notre feuille de route pour les
prochaines décennies sur cette question évidemment fondamentale.

Je veux, Monsieur le Président de la République, sur tous ces sujets, mener avec vous une politique d’engagements, une politique qui nous permette de
prendre à bras-le-corps toutes les difficultés et qui nous permette d’apporter progressivement toutes les réponses. Le temps est venu de cette révolution
des esprits et des actions à laquelle je crois. Les Réunionnais sont prêts à inscrire leurs démarches dans cette direction. Avec l’ensemble des acteurs publics
et privés, au-delà de nos différences mais au nom de l’intérêt général, nous devrions être capables de plus de cohésion, de réalisme et d’engagement.

Pour ma part, je suis prêt. Je sais aussi que vous l’êtes également. Vous êtes le Président de tous les Français. Vous ne souhaitez que leur réussite à tous.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute et respectueuse considération.


DIDIER ROBERT, Président du Conseil Régional de La Réunion